Charente-Maritime – l’Hermione
L'HERMIONE
Maquette construite par un maquettiste pour remplacer les plans d'origine manquants et ainsi permettre l'ouverture du chantier.
Depuis le début des années 1980, la ville de ROCHEFORT s'est lancée dans un grand mouvement de réappropriation de son glorieux passé maritime.
La réhabilitation de la Corderie Royale et la création du Centre International de la Mer ont été une étape. La décision de construire l'Hermione, une frégate de 1779 réalisée par l'Arsenal de ROCHEFORT, a été une suite logique. L'Association Hermione-Lafayette a regroupé les force vives locales et régionales pour lancer ce grand projet.
L'Hermione est le nom de la frégate à voiles de la Marine Royale française qui conduisit le marquis de Lafayette de France vers les Etats-Unis en 1780, lui permettant de rejoindre les révoltés américains (insurgents ou patriots selon le point de vue), pendant la Guerre d'Indépendance des Etats-unis d'Amérique.
L'Hermione faisait partie, avec la Courageuse, la Concorde et la Fée, d'une série de quatre frégates à voiles construites à l'Arsenal maritime de ROCHEFORT pour la Marine Royale.
Historique
° 1779 : construction à ROCHEFORT en onze mois (grâce à la collaboration de centaines de travailleurs, bagnards compris, pour un total de 35.000 journées de travail). Entre mai et décembre, le navire est testé avec succès dans le golfe de Gascogne sous le commandement de Levassor de La Touche.
° 1792 : le navire reprend du service contre la Grande-Bretagne. Il s'échoue sur des rochers le 20 septembre au large du Croisic, en France, avec une importante voie d'eau provoquant son naufrage.
° 1997 : début de la reconstruction de ce navire à ROCHEFORT, en Charente-Maritime.
Caractéristiques
Il s'agit d'une frégate dite "légère" car rapide et maniable, de plus de 65 mètres de longueur hors tout, dotée d'une voilure de 1500 mètres carrés répartie sur trois mâts.
Vue de la poupe vers la proue
Elle était armée de vingt-six canons tirant des boulets de douze livres (d'où le terme de frégate de 12). Elle pouvait embarquer 250 hommes. Elle arbore les mensurations d'un navire de 1166 tonnes, d'une longueur de tête en tête de 44,02 mètres, d'une largeur au maître couple de 11,24 mètres et de 5,78 mètres de creux.
Elle dispose de trois ponts : le pont de gaillard, le pont de batterie et le faux-pont. Le premier sert à la manoeuvre, le second à l'artillerie et le troisième à la vie des marins à bord.
Vue de la proue vers la poupe
En partant du pont vers la cale, on voit en premier le pont de gaillard, puis dessous le pont de batterie et enfin le faux-pont, indiqués par les petits panneaux bleus.
La poupe
Vue de l'intérieur au niveau du pont de gaillard
La proue
La reconstruction
Elle a été décidée en 1997, avec une mise à l'eau prévue au printemps 2011 (le navire initial a été construit en moins de un an...). Elle a lieu dans l'une des deux formes de radoub située à l'extrémité de la Corderie Royale à ROCHEFORT.
Plusieurs modifications ont été faites sur le plan original pour des raisons de solidité et de sécurité ; les planches sont en particulier boulonnées et non chevillées afin d'éviter le jeu secondaire à la durée de construction. De même, les mâts sont collés et non assemblés par des cercles métalliques, et ce, afin d'éviter les infiltrations d'eau. Les canons, pour des raisons de poids et également de sécurité, seront allégés et non fonctionnels. Le gréement reste en chanvre mais la voilure est prévue en synthétique afin d'avoir une meilleur solidité et un poids moindre permettant une manoeuvre avec moins d'hommes.
Une motorisation est prévue en sécurité ainsi que des groupes électrogènes pour l'éclairage et un confort minimal.
Sa mise à l'eau prévue fin 2008 avec une coque nue, non équipée et non armée et ensuite la réalisation à flot pendant deux ans des travaux d'aménagement et d'équipement, est suspendue. Pour garantir la qualité du bordage, l'association a décidé de réaliser l'ensemble du bateau à sec sur le site actuel du chantier et de mettre l'Hermione à l'eau entièrement équipée et prête à naviguer. Sa mise à l'eau n'est pas prévue avant le courant de l'année 2011.
Le défi de l'Hermione : construire un navire du XVIIIème siècle
Un défi technique dans le respect de l'authenticité : l'ambition de l'Association Hermione-Lafayette est de reconstruire le plus fidèlement possible à la frégate d'origine, tout en tenant compte des contraintes règlementaires actuelles, notamment en matière de navigabilité, un navire de 65 mètres de long portant trois mâts et 1500 m2 de voilure. Un navire dont la coque est entièrement réalisée en chêne.
Quelques autres chiffres illustrent l'extraordinaire défi relevé à ROCHEFORT :
° un grand mât à 54 mètres au dessus de la quille
Mât de perruche, vergues de grand et petit perroquets etc ... ; à droite, le petit cabestan
Le petit cabestan
Le grand cabestan
° 2000 chênes sélectionnés dans les forêts françaises
° un puzzle de plus de 400.000 pièces de bois et de
métal
° 1000 poulies
° 1 tonne d'étoupe pour le calfatage
° 26 canons tirant des boulets de 12 livres sur le pont de batterie et 8 canons tirant des boulets de 6 livres sur le pont de gaillard
La double barre à roue, prototype ; cette barre est une pièce d'essai. Ses assemblages et ses dimensions ont été imaginés d'après quelques documents peu précis du XVIIIème siècle.
La forge
Une navigation exceptionnelle
La reconstruction de l'Hermione a pour objet de lancer une frégate capable d'un mode de navigation hauturière et transocéanique, avec un équipage professionnel.
Dans ce cadre, l'Hermione une fois achevée, la traversée de l'Atlantique depuis ROCHEFORT jusqu'à BOSTON sur les traces de Lafayette, pourra être envisagée.
Le programme définitif "Hermione Lafayette Trip" n'est pas encore arrêté, mais les diverses étapes suivantes de la côte est des Etats-Unis ont été évoquées : Annapolis, Baltimore, Philadelphie, Newport, Hampton, Portland, New York, Boston ...
Avant un retour à quai à ROCHEFORT, son port d'attache pour y être visitée par le public.
Les formes de radoub
Les coques des navires devaient être périodiquement entretenues ou réparées. Pour éviter les délicates manoeuvres d'abattage en carène des bateaux, on utilisait les formes de radoub. Les navires pénétraient, à marée haute, dans ces grandes coques, creusées dans la berge vaseuse puis maçonnées, qui se vidaient à marée basse (avec l'aide d'une machine hydraulique qui pompait le surplus d'eau de mer) : le travail de réparation pouvait alors commencer.
A ROCHEFORT, trois formes de radoub sont encore visibles :
* la vieille forme danx l'Arsenal nord conçue par François Le Vau
* la forme double, conçue par l'intendant Pierre Arnoul
* la forme Napoléon III, située derrière la Porte du Soleil.
La vieille forme, première "forme à l'anglaise" entièrement maçonnée, fut une innovation pour l'époque. Il fallait que le dallage supporte le poids d'un navire premier rang. Elle sera dégagée de la vase en 1985.
La forme double, dont les bassins amont et aval ont été dégagés en 1992 et 1993, est conçue en 1683. Réalisée avec peine entre 1683 et 1728 car le sol trop meuble engloutissait les pierres.
Dans le fond, derrière la porte, se trouve la première moitié de la forme, dans laquelle se trouve le chantier de l'Hermione sous le hangar blanc.
Elle permettait de réparer deux navires à la fois et présentait deux innovations : au lieu d'être lisses, ses murs sont faits de gradins pour faciliter le travail de radoub et la fermeture de la forme est assurée par un bateau-porte.
La forme Napoléon III, construite entre 1853 et 1861 fut allongée en 1900 pour accueillir le Dupleix, long de 134 mètres, le dernier grand croiseur-cuirassé construit à ROCHEFORT.
Sources :
http://www.corderie-royale.com






