Tempête du 24 janvier 2009…

… Retour vers le Passé !

 

Au temps de leur splendeur !

 

VENDREDI 23 janvier 2009 :

La tempête annoncée pour le 24 janvier au petit matin nous fait prendre quelques précautions.

L'abondance d'eau depuis quelques mois et les pluies incessantes de ces derniers jours font que les terres sont gorgées et que le niveau des cours d'eau est monté. Un ruisseau longe le jardin et se déverse dans le bien nommé " Bouès " ; ce dernier est sorti de son lit et déborde dans les champs à certains endroits.

Nous mettons donc en hauteur les papiers de la maison, les livres des étagères basses ; nous enlevons les tapis ; nous débranchons là où cela est possible les appareils électriques, télévision, lecteurs divers etc… Nous débranchons le PC et le système anti-foudre, anti-tout (mais pas anti-eau !) et nous le surélevons ainsi que l'unité centrale.

Pour le reste, c'est-à-dire tout le rez-de-chaussée de la maison sans oublier les dépendances, nous ne pouvons que croiser les doigts !

Les intempéries venant principalement de l'ouest, les constructions anciennes ont été conçues pour cela : certaines, orientées sud/ouest, sont en forme de L, le petit côté à l'ouest (dépendance attenante) protégeant l'habitation principale ; d'autres comme la notre sont orientées sud/est et sont construites tout en longueur. Chez nous, le côté ouest est protégé par une grange attenante ; les toitures se prolongent très bas sur le côté nord/ouest pour offrir le moins de prise aux intempéries. Notre ferme a du en voir d'autres depuis sa construction en 1790 et ceux qui l'ont construite savaient prendre en compte les éléments mais quelque part une inquiétude sourde nous taraude !

Haie de Leyland sur l'arrière de la maison

 

Nous essayons de la chasser en pensant que nous avons fait refaire les toitures de la maison et de la grange au nord/ouest, que nous utilisons en serre l'hiver. Les tuiles d'origine étaient des " canal tige de botte " faites à la main avec la trace des doigts de ceux qui les avaient façonnées ; des tuiles superbes mais instables et qui nous obligeaient lors des orages à courir dans la maison, bassines et serpillières à la main ! Elles ont été remplacées par des canal à crochets et ont entamé une nouvelle existence en bordure de massif.

Nous avons aussi, l'an dernier, fait raccourcir d'un tiers la haie de cyprès de Leyland qui protége la maison au nord/ouest sur environ 90 mètres, les Twin, deux immenses peupliers de 25 mètres de haut qui sont près des dépendances attenantes et les autres arbres du jardin, sauf …

Nous faisons une petite réserve de bouteilles d'eau à l'étage sans oublier les bottes, les bougies, lampes diverses et … le panier de Memphis. Car Memphis va dormir dans notre chambre ce qu'il considère comme une récompense suprême, qui lui rappelle les vacances lorsque nous nous arrêtons pour la nuit en chambre d'hôtes ou à l'hôtel !

Arrivé dans notre chambre, son panier qu'il aime tant ne l'intéresse plus du tout et il décide de s'installer sur une descente de lit ; Memphis aime le contact, nous le savons !

Nous allons dormir et essayer de ne pas penser à l'arrivée de ce " Klaus " qui s'invite chez nous !

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SAMEDI 24 janvier 2009 :

4 heures du matin - le bruit du vent nous réveille, elle arrive, ponctuelle au rendez-vous. Espérons que Météo France a été très pessimiste et que cette " mal élevée " qui débarque chez nous fera plus de bruit que de mal. Espérons !

7 heures 30 du matin - Le vent souffle toujours mais sa force est encore raisonnable ; nous sommes en train de prendre notre petit déjeuner lorsque l'électricité se coupe ; aïe, aïe. Nous finissons aux bougies et c'est aux bougies que toilette et habillement se font. Memphis a déjà fait sa première sortie hygiénique, sortie " strict minimum ", qu'il a écourtée de lui-même, le vent étant trop fort à son goût. Nous sommes prêts pour une longue attente, en ne pouvant rien faire que subir.

Plus tard - le jour s'est levé mais nous n'avons pas encore ouvert les persiennes qui diffusent une lueur blafarde pas très gaie mais qui vient à l'aide des bougies. L'intruse souffle fort avec des ralentissements soudains puis des accélérations brutales comme pour nous montrer que c'est elle qui mène le bal et, perverse, nous faire espérer son éloignement pour mieux nous replonger dans l'inquiétude.

Nous écoutons notre maison, nous sommes concentrés sur la perception d'un bruit quelconque et inhabituel mais les rugissements de la furie occupent l'espace. Nous nous dépêchons d'ouvrir une moitié des persiennes en laissant celle de droite fermée ; cela nous permet d'économiser bougies et torches et de voir un peu l'attaque de l'ennemie. Dans notre champ de vision restreint, les arbres se tordent dans tous les sens, comme en proie à une infernale danse de Saint-Guy, mais ils résistent pour le moment.

9 heures 30 du matin - nous appelons notre voisin qui habite la ferme au bout du champ, à 200 mètres de notre maison ; le téléphone marche encore…pour quelques minutes !

Nous venons de voir un cyprès de Leyland tomber dans le jardin de notre voisin. Inquiétude pour les 6 nôtres en ligne le long de la clôture au sud et qui ont gardé leur taille majestueuse parce que nous n'avons pas pensé que … Nous ouvrons une fenêtre, tendons le cou et … le plus proche est à terre, vaincu. Dix minutes après, nous voyons à travers la vitre des branches surplombant la clôture , un second Leyland vient de tomber ! Ensuite tout va aller très vite et un quart d'heure plus tard, il ne reste plus qu'un seul Leyland debout, et dans quel état, sur les 6. Les geais et les tourterelles viennent de perdre leurs habitations favorites.

La tueuse continue de s'activer pour remplir son " contrat ".

 

Les rugissements de Klaus vont finir par s'atténuer et cesser vers 15 heures 30 de l'après midi. Il y a encore du vent. Nous en profitons pour faire un tour du jardin qui ressemble à une grosse éponge de 5000 m2 ; à part les Leyland tombés et quelques bardeaux ici et là venus de l'autre côté de la route, de chez nos voisins anglais absents, tout à bien résisté, les toitures refaites et les anciennes, les arbres derrière la maison, les cheminées, oui tout a résisté, pour cette fois ! Memphis est perplexe devant le nouvel aspect de son territoire.

La nuit commence à tomber - nous allons être bientôt en accord total avec l'époque de la construction de notre maison :

La cheminée du salon pour tout chauffage,

 

les photophores et bougies diverses pour tout éclairage. Heureusement, nous avons une plaque de cuisson au gaz qui nous permet de cuire à la poêle des plats qui devraient l'être au four mais c'est bon et c'est chaud.

 

Nous le saurons après, tout le monde n'a pas cette chance.

La maison est grande, avec des murs de 75 cm d'épaisseur en colombages et terre ce qui l'isole très bien de la chaleur et du froid. Nous utilisons régulièrement la cheminée et nous aimons disposer bougies et lumignons ici et là dans la maison et ce premier soir nous paraît finalement agréable car ignorant pour l'instant tout de l'ampleur des dégâts, nous n'appréhendons pas le lendemain. Le seul inconvénient est que la lumière n'est pas suffisante pour que nous puissions lire.

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DIMANCHE 25 janvier 2009 :

L'électricité étant toujours absente, nous décidons de sauver les contenus des congélateurs et réfrigérateurs en cuisinant et stérilisant ce qui peut l'être. Le reste des plats congelés fera l'ordinaire de nos repas ! Une chose positive : nous mangeons bien.

Depuis la coupure de l'électricité, nous avons recours à un petit radio-réveil de voyage qui marche avec des piles ! Nous allons écouter les informations données en continu par Sud Radio et ce que nous entendons n'est pas réjouissant. Nous comprenons maintenant que cela risque de s'éterniser mais nous ne sommes pas à plaindre par rapport à d'autres dont la situation est bien plus pénible.

Heureusement notre goût pour l'éclairage aux bougies fait que nous disposons d'une bonne petite réserve car le confort moderne fait que, sans électricité :

Le téléphone sur la ligne normale ne peut pas se recharger sur sa base !

L'autre ligne est celle d'Internet !

Ah, nous avons à l'étage un poste qui a plusieurs années et que nous aimons bien ; lui est autonome mais maintenant inutilisable puisque la ligne est coupée !

Les lampes torches diverses sont TOUTES rechargeables sur le secteur et donc vite inutiles. Nous en " économisons " deux dont une pour les sorties de Memphis, le soir et le matin de bonne heure donc dans un jardin encore dans l'obscurité.

Notre seconde soirée dans le noir commence, mais l'absence de chauffage va peu à peu faire descendre le thermomètre jusqu'à 10 à l'étage où la chaleur du feu de cheminée est bien lointaine ; nous superposons les petites laines ! Memphis adore se coucher sur nos pieds et là nous lui en sommes très reconnaissants.

Le risque d'inondation étant toujours d'actualité, Memphis va dormir dans notre chambre ; il a du le pressentir car il monte à l'étage d'un air décidé pour aller s'installer sur la descente de lit !

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LUNDI 26 janvier 2009 :

Une troisième journée sans électricité ni téléphone commence et nous ne croyons plus trop à un rétablissement rapide de la situation. Sans aucune nouvelle de la municipalité, nous allons à la mairie pour y glaner des informations. Rien à l'affichage ni personne. Nous allons donc nous renseigner à la mairie de Marciac, bourg qui touche notre village. L'électricité a été réparée à Marciac le samedi ce qui permet l'accès aux premières nécessités. Nous apprenons que l'eau risque d'être coupée dans notre village et qu'une distribution de bouteilles va être faite.

Les heures passent et nous n'osons plus penser à un retour imminent de l'électricité. Vers 19 heures, nous constatons que le téléphone marche à nouveau en " crachotant " !

Dîner aux chandelles, cela devient une habitude ! Soudain un bip ; nous nous regardons interloqués et réalisons tout à coup que le micro-ondes se fait un plaisir de nous annoncer la bonne nouvelle : l'électricité est revenue. C'est ridicule mais nous sautons de joie comme des enfants devant un arbre de Noël !

La chaudière se met en route, plus de photophores et de chandeliers à transporter d'une pièce à l'autre, nous allons pouvoir prendre une vraie douche, etc… etc…

e

Memphis va encore dormir avec nous et, ce jusqu'au jeudi tant que les risques de crue sont d'actualité.

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MARDI 27 janvier 2009 :

Notre vie est redevenue normale mais nous pensons à tous ceux qui n'ont pas encore cette chance et qui sont à la peine dans un environnement dévasté. Tous ceux qui se sentent abandonnés comme nous l'avons ressenti alors que des milliers de personnes travaillent durement pour dégager, réparer, dans un paysage cataclysmique. D'après les chiffres 1.700.000 foyers privés d'électricité, de téléphone et d'eau pour les plus atteints. C'est une chance que Météo France ait eu le temps de voir et de prévenir de l'ampleur de ce qui allait nous tomber dessus. Si comme on le redoute, ce genre d'événement risque de ne plus être exceptionnel, il faut espérer que nous aurons à nouveau le temps de le prévoir.

Un grand merci à tous ceux qui ont travaillé avant pour prévenir et organiser, et à ceux qui travaillent après dans des conditions éprouvantes et dangereuses pour que la vie normale revienne.

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VENDREDI 30 janvier 2009 :

Demain, cela fera une semaine que Klaus a bouleversé notre Sud Ouest en quelques heures. Nous avons à nouveau une connexion Internet.

La vie est " comme avant " si l'on fait abstraction des images vues à la télévision ou dans les journaux, si l'on évite de regarder le jardin dévasté …. Et bientôt notre inconscience reprendra le dessus nous faisant oublier ce que nous sommes : RIEN !

Nous ne sommes RIEN ; seuls l'orgueil et notre petite vanité humaine nous font croire qu'en construisant toujours plus grand, en s'envolant toujours plus haut, nous maîtrisons les choses.

En 1999 nous habitions Bordeaux mais nous étions absents lors du passage de " Martin " ; Nous avons vu son oeuvre de destruction à notre retour mais nous ne pouvions pas vraiment nous rendre compte parce que nous ne l'avions pas vécu et surtout entendu. Elles sont longues les heures quand des milliers de démons se déchaînent à l'extérieur et il est fragile et pitoyable notre abri.

La terre qui nous héberge, vit sa vie et suit son destin sur lequel, comme nous, elle n'a pas la main ; il faudrait s'en souvenir !

Photos à voir dans :

Tempête du 24 janvier 2009

 

 



Article ajouté le 2009-02-01 , consulté 228 fois

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